Au Togo, transformer localement pour mieux répartir la valeur : l’exemple de la filière cajou

5 octobre 2026
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4 min

Depuis le 1er janvier 2026, le Togo taxe l’exportation de ses noix de cajou, de karité et de graines de soja à l’état brut. Objectif : garder sur le territoire la valeur qui, jusqu’ici, se créait ailleurs. 

En instaurant cette taxe, le Togo entend encadrer davantage la sortie des matières premières brutes du territoire. L’objectif est de favoriser la transformation locale et créer davantage de valeur ajoutée sur place. L’ambition dépasse la seule fiscalité : renforcer les acteurs locaux, notamment les unités de transformation, favoriser une répartition plus juste de la richesse, soutenir des modèles économiques qui bénéficient durablement aux communautés productrices. Autant de principes au fondement même du commerce équitable.

Retenir la valeur là où elle se crée

Une grande partie de la production agricole ouest-africaine est exportée à l’état brut. C’est le cas au Togo Or c’est au stade de la transformation que se crée l’essentiel de la valeur ajoutée, une valeur qui échappe aujourd’hui, en grande partie, aux territoires producteurs.

Développer la transformation locale devient dès lors un enjeu majeur : il s’agit de conserver davantage de richesse là où la matière première est produite, et de renforcer les retombées économiques pour les acteurs qui la cultivent. Un déplacement de la valeur, du bout de la chaîne vers son origine.

Pomme de cajou sur son arbre

Une taxe doublée d’une obligation de transformer

La taxe est comprise entre 1 et 100 FCFA par kilogramme de noix de cajou brute. Elle s’applique également au graines de soja et aux noix de karité. Cette mesure prise appliquées aux campagnes de 2026 par les autorités togolaises ne se limite pas à la taxe à l’exportation des produits bruts. Elle vise à inciter les acteurs économiques à investir dans les unités de transformation du pays. Il s’inscrit dans une stratégie plus large d’industrialisation et de développement des chaînes de valeur locales.

À la taxe s’ajoute en effet une contrainte directe. Un accord interprofessionnel, signé en 2026, impose à tout acheteur de transformer localement au moins un tiers des volumes de cajou achetés afin d’obtenir le quitus pour l’exportation.

Les deux mesures se complètent, l’une renchérit l’export brut, l’autre l’encadre. Ensemble, elles doivent ancrer la transformation sur le territoire togolais.

Du champ à l’usine, un cercle qui peut devenir vertueux

Pour la filière cajou, les perspectives sont réelles. Transformée, la noix se vend à un prix supérieur, et l’activité génère des emplois locaux dans les unités de transformation. Une part plus importante de la valeur créée peut ainsi rester au sein des territoires producteurs.

Ce modèle a toutefois une exigence : investir dans les capacités des usines et dans la formation des travailleuses et travailleurs. C’est cette montée en compétence qui fait de la transformation un véritable levier de valeur ajoutée et d’emplois.

Des acteurs locaux forts permettent d’accompagner la structuration de toute la chaine de valeur. L’usine Cajou Espoir en offre une illustration concrète en accompagnant la coopérative UCPA Bio Espoir à obtenir en propre sa certification Commerce Équitable et Agriculture Biologique. Ce qui permet à la coopérative d’approvisionner l’usine et également de pouvoir chercher de nouveaux acheteurs.

Un commerce équitable au service des territoires

Du champ à l’usine, et jusqu’à la valorisation des sous-produits, la transformation locale apparaît comme un levier concret pour faire du commerce un outil de développement. Un commerce plus équitable, créateur de valeur et d’emplois au cœur même des territoires qui produisent.